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[PORTRAIT] Entrevue avec Véronique Martel – Céramiste

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À tous les organisateurs et organisatrices des Journées de la culture situés dans une zone rouge, nous sommes conscients et reconnaissants de tout votre travail et des efforts que vous avez déployés pour rendre possible cette 24e édition. Nous tenons à vous réitérer notre soutien et notre solidarité. Du fond du cœur, merci.

©Ève Leclerc – Agence Icône

Entretien avec Véronique Martel – Céramiste et enseignante à la Maison des métiers d’art de Québec 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots?

Je pratique mon métier d’artiste céramiste depuis plus de 12 ans. Mon atelier est situé à Québec.

Comment et pourquoi êtes-vous devenue céramiste? En quoi cela consiste?

Un intérêt marqué pour les techniques de fabrication a caractérisé mon cursus universitaire en art visuel. À cette époque, plusieurs de mes travaux ont porté sur le détournement d’objets utilitaires. Par la suite, ma volonté d’acquérir un savoir-faire traditionnel, de construire des objets et d’en déformer d’autres, m’a conduite vers des études en métier d’art. J’ai choisi la transformation et le contrôle de l’argile, un processus aux innombrables possibilités.

Quelle partie de votre travail préférez-vous?

Le processus de fabrication comporte plusieurs étapes. Chacune d’elles présente des défis et mobilise des habiletés précises. J’apprécie tout particulièrement l’idéation des projets ainsi que le tournage et le modelage de l’argile.

Comment définiriez-vous votre pratique? Avez-vous un champ de spécialisation?

Ma pratique se décline en trois volets : création sculpturale, création funéraire, création de la table. Par les créations sculpturales, je m’exprime librement. J’expose mon travail en galerie ; par les créations funéraires, j’exprime mon besoin de soutenir mon prochain. Les maisons funéraires proposent mes œuvres aux familles qui désirent honorer la mémoire de leur être aimé. Par les créations de la table, j’exprime mon envie de singularité au quotidien. Je propose des objets sur mesures aux particuliers et entreprises.

À mes yeux, il est important de m’ancrer dans le quartier dans lequel j’évolue. Pour cette raison, une portion des projets que j’imagine s’adressent aux résidents de proximité : visites d’atelier, sociofinancement, médiation culturelle.

 

©Véronique Martel – Magazine Sofa Déco

Y a-t-il des artistes ou artisans qui vous inspirent particulièrement?

J’apprécie énormément le travail de En Iwamura, Jérôme Galvin et Bénédicte Parmentier. Le premier pour son audace, le second pour sa liberté et la dernière pour sa poésie.

À quoi ressemble une journée de travail?

Arriver à l’atelier le plus tôt possible, à 6h30. J’ai l’impression de prendre de l’avance sur ma propre vie. Je travaille sur les aspects les plus difficiles ou complexes en début de journée ou par ce que je préfère (je ne garde jamais le meilleur pour la fin!). Alors je tourne, je façonne, je range.

Quelles sont les grandes étapes pour fabriquer un objet, du choix de la terre jusqu’à la finition?

Pour une pièce en céramique : identifier l’idée ou les besoins, dessiner, réaliser une maquette ou un prototype, obtenir l’approbation du client s’il y a lieu, tourner (certains objets ne sont que façonnés), séchage, décor, affinage et finition, signature, première cuisson, émaillage, deuxième cuisson.

Parlez-nous de votre espace/environnement de travail.

J’ai l’immense privilège de travailler au sein d’un atelier partagé : une aire ouverte séparée en zones. Nous sommes quatre céramistes. Nous partageons ainsi notre quotidien de travailleuses autonomes et mutualisons nos ressources et nos savoirs. Les murs de briques et le plafond sont peints en blanc, tous les tuyaux sont apparents et produisent des bruits étranges, deux gros fours meublent l’espace commun et une porte de garage laissée ouverte tout l’été laisse passer la lumière. Les étagères de séchage se multiplient. C’est un grand espace aux allures hétéroclites mais, croyez-moi, il est très organisé!

Pourquoi avoir choisi l’enseignement?

J’ai d’abord donné des cours dans le cadre d’ateliers de loisir simultanément avec la fin de mes études. J’ai pu y découvrir et surtout y valider le plaisir de partager, d’expliquer et d’accompagner des étudiants dans la découverte d’un savoir-faire à la fois technique et créatif. Ce qui me réjouit encore aujourd’hui, c’est l’effet du médium céramique sur les élèves : un enchantement, une fierté, un plaisir d’immédiateté et de concrétisation. J’ai donc découvert l’enseignement de façon fortuite, mais c’est sciemment que j’affirme que je ne le quitterai jamais.

Qu’est-ce que vous souhaitez transmettre à vos élèves?

La maitrise des techniques entourant le travail de l’argile demande de longues heures de pratique. Pour y arriver, les étudiants doivent développer une affection pour le médium et ses incalculables possibilités. L’acquisition des techniques leur permettra finalement de singulariser leurs productions, voire de les rendre expressives. Je souhaite donc transmettre à mes élèves le désir de persévérer, de découvrir et de s’investir.

 

©Véronique Martel – Ève Leclerc (Agence Icône)

Quel est, selon vous, l’avenir du métier de céramiste? Ses enjeux?

La céramique est un médium d’expression fort. Il est employé tant dans le domaine des métiers d’art que dans celui des arts visuels. Il est abordé comme un loisir ou une profession.

La céramique, comme tous les métiers traditionnels, porte en elle une histoire, celle des civilisations. Elle se redéfinit et se transforme selon les contextes et les époques. Elle est en constante mutation. Les créations actuelles proposent des changements et des redéfinitions. Nous avons, par exemple, accès à de nouveaux équipements et de nouvelles technologies.

La céramique est présente partout dans le monde. Elle a une place et une reconnaissance différente selon les pays, villes ou villages. Au Québec, la céramique actuelle est de plus en plus visible et représentée, mais la discipline demeure un peu trop hermétique ; un cercle trop restreint bénéficie actuellement de cet art.

Les mouvements « self care » (pratiquer un loisir pour soi) et « DYI » (Do it yourself) offrent une visibilité et une sensibilisation de plus en plus importantes à notre métier. L’intérêt pour les artistes et les produits locaux pousse de plus en plus d’individus et d’entreprises à rechercher des objets singuliers, identitaires et éthiques ; l’heure est de moins en moins au « made in China », ce qui a longtemps été la norme.

Une anecdote amusante liée à votre pratique ou au métier que vous souhaiteriez nous raconter?

Il arrive trop souvent que les gens nous parlent du fameux film « Mon fantôme d’amour » avec Patrick Swayze et Demi Moore… Pour tous ceux qui se posent la question : non, les céramistes ne recréent pas secrètement cette scène dans leur studio!


Nous espérons que cette entrevue vous a donné envie d’en savoir plus sur la profession d’artiste céramiste. Un grand merci à Véronique Martel d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.