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[PORTRAIT] Entrevue avec Shérane Figaro – Danseuse et chorégraphe

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©Vivardy Boursiquot

Entretien avec Shérane Figaro – Danseuse et chorégraphe 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots? 

Comme chorégraphe et interprète, je cumule plus de 25 ans d’expérience sur la scène artistique de Montréal et de Laval. Parallèlement, j’ai complété un baccalauréat en comptabilité et une maîtrise en administration des affaires. Je suis aussi enseignante de danse dans la région métropolitaine .

Comment et pourquoi êtes-vous devenue danseuse, puis chorégraphe?

J’ai suivi mes premiers cours de danse folklorique à 8 ans en Haïti, mon pays natal. En 1998, j’ai rejoint la compagnie Haïti Tchaka Danse où j’ai continué ma formation avec Brusma Daphnis. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à vouloir intégrer sérieusement la danse dans ma vie.

Depuis, j’ai évolué comme interprète en Haïti, puis au Québec. La danse a toujours été pour moi un espace de ressourcement, ce qui explique pourquoi je n’ai jamais arrêté de danser.

En 2008, je me suis sentie appelée par la création car j’avais le besoin de partager mes messages dans un langage chorégraphique distinct. Suivant cet élan, j’ai créé ma compagnie Aurée Danse-Création en 2009.

Avez-vous une (ou des) spécialisation(s)?

J’ai toujours pratiqué la danse traditionnelle ou folklorique haïtienne, qui englobe différents rythmes (pétro, ibo, yanvalou, rara, etc.). Ils me connectent à la tradition à travers le tambour, les chants, les récits, les contes, etc. Dans un contexte de création, je travaille selon un style que je nomme danse haïtienne contemporaine et qui fait le pont entre tradition et contemporanéité à travers une technique que j’ai conçue et qui s’appelle ESANS.

©Dimitri Rousseau

Quelle partie de votre travail préférez-vous?

Mon travail repose sur deux piliers : la formation et la création. Je me réjouis à faire les deux car ensemble, ils assurent la transmission du savoir. Chaque pilier me permet de communiquer avec les autres de façon différente et exceptionnelle.

Qu’est-ce qui vous a mené à la création de votre compagnie Aurée Danse-Création? Pouvez-vous nous parler de sa mission?

J’ai senti ce besoin de partager et de communiquer avec le public à travers un langage chorégraphique distinct. La meilleure façon d’y arriver était de m’investir à fond dans la recherche et la création.

La mission d’Aurée Danse-Création est de rendre accessible la danse haïtienne en proposant des travaux qui vont au-delà des clichés. J’utilise la gestuelle afro pour parler de sujets sociaux et de la réalité du monde dans lequel nous vivons. Nous créons des œuvres chorégraphiques qui témoignent de notre temps.

Pouvez-vous nous parler brièvement des productions et des cours donnés chez ADC?

Les œuvres que je crée parlent de sujets universels et variés. Avec les enfants, j’ai  présenté des spectacles sur des contes haïtiens et des histoires ludiques, comme l’histoire d’un grain de café qui devait conjuguer avec les éléments de la nature pour grandir. Avec les interprètes de la compagnie, j’aborde des thèmes sur la maladie (YANI), la transmission (Si Toto m’était dansée),  le retour à soi, la renaissance (SEZAM), la solitude (Solo un soir), etc.

Je donne des cours où les gens apprennent à danser les rythmes haïtiens. Les cours sont destinés à des danseurs et danseuses de différents niveaux, ou à toute personne qui veut s’initier à la danse haïtienne comme loisir ou veut intégrer le mouvement dansé dans un processus de développement personnel. La technique ESANS permet de s’approprier la structure et la fonctionnalité des pas de base qui se retrouvent dans la majorité des rythmes haïtiens.

Parlez-nous d’un d’une production sur laquelle vous avez particulièrement aimé travailler.

Je dirais SEZAM (2017), qui m’a demandé de faire converger les forces et les différents bagages techniques des interprètes vers un point commun pour soutenir l’œuvre. Je travaillais avec cinq danseuses qui avaient des spécialisations différentes, donc je devais sortir de ma zone de confort de chorégraphe pour transmettre l’essentiel afin que ma vision artistique soit constamment claire et compréhensible pour les interprètes. Ça a été un beau défi, très réussi!

À quoi ressemble une journée de travail?

La COVID-19 change tout! Mais de façon générale, je peux dire qu’une journée de travail commence par une méditation, dansée ou pas. Puis s’enchainent des rencontres sur Zoom avec différents groupes sur des projets de collaboration, des moments d’écriture de mon blogue et de mon livre sur la technique ESANS, des travaux de planification de cours et des moments de création, puisque je travaille présentement sur un solo que j’espère présenter en 2021.

Quelles inspirations influencent votre pratique?

Les relations interpersonnelles m’inspirent beaucoup. J’aime observer la dynamique des liens qu’entretiennent les gens entre eux. C’est pour moi une belle façon de comprendre la réalité des gens et leurs histoires. Je suis aussi inspirée par le côté spirituel de la vie. La spiritualité est très présente dans ma pratique et je me laisse beaucoup guider par mon intuition quand je crée.

©Thobenz Debrosse

Que souhaitez-vous transmettre à vos élèves?

Mon souhait le plus grand est que mes élèves comprennent que la danse permet à chacun de se découvrir et que c’est absolument nécessaire d’accueillir ses émotions afin de bien interpréter. La technique est importante, mais il faut laisser de la place au message. Il n’est pas nécessaire de devenir professionnel pour faire cela, mais juste de vouloir aller à la rencontre de l’autre.

Comment entrevoyez-vous l’avenir de la danse haïtienne?

La richesse de la danse haïtienne va plus loin que les rythmes et les pas. Elle existe dans toute la façon d’aborder les mouvements, les déplacements, la virtuosité, etc. Je crois que grâce à sa forte gestuelle et à son esthétique, la danse haïtienne va continuer d’inspirer les chorégraphes, haïtiens ou pas. J’ai rencontré quelques chorégraphes non haïtiens très intéressés à explorer la gestuelle afro-haïtienne. Cette avenue promet beaucoup et ouvre la porte à des projets très originaux.


Dans le cadre des Journées de la culture, la compagnie de Shérane, Aurée Danse-Création, organise une causerie sur le thème de la transmission à travers la danse. Plus d’infos #Jdelaculture