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[PORTRAIT] Entrevue avec Gilles Auger – Chef d’orchestre

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©Jocelyn Gagné


Entretien avec Gilles Auger – Chef d’orchestre


©Jocelyn Gagné

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots?

Chef d’orchestre professionnel depuis 42 ans, professeur au Conservatoire de musique de Québec, je suis également directeur artistique et musical de l’Orchestre symphonique de Lévis.

Pourquoi être passé de musicien à chef d’orchestre?

Pendant mes études en clarinette au Conservatoire, l’orchestre est rapidement devenu mon cours préféré, celui autour duquel les autres gravitaient. J’avais les partitions de chef et, surtout, j’observais attentivement mon professeur et chef d’orchestre Edwin Bélanger, qui m’a rapidement invité essayer de diriger. C’est là que tout a commencé.

Quel est le parcours qui vous a mené à ce poste?

Après mon Conservatoire, je suis allé faire ma maîtrise (Master of Music Degree) en direction d’orchestre à la célèbre Juilliard School de New York, où j’ai pu côtoyer de grands musiciens et de grands chefs – dont Lorin Maazel, Rafael Kubelik et, surtout, Leonard Bernstein – qui venaient donner des classes de Maîtres. À mon retour, j’ai commencé à travailler comme chargé de cours à l’Université Laval, en plus de diriger régulièrement à Montréal et à Québec. En 1986, j’ai remporté, à l’unanimité du jury, le Premier Prix du Concours International de jeunes chefs d’orchestre de Besançon, ce qui m’a ouvert de nombreuses possibilités de carrière. À mon retour de France, le Conservatoire m’a engagé, poste que j’occupe toujours. En 2000, l’Orchestre symphonique de Lévis (que j’avais fondé en 1985 et que je dirige encore avec fierté!) m’a offert de revenir au podium, ce que j’ai fait avec plaisir.

Quelle partie de votre travail préférez-vous?

Tous les chefs vous donneront la même réponse: le plaisir des répétitions, de voir la musique prendre forme sous nos yeux et le contact privilégié avec les musiciens procurent une immense joie et beaucoup de satisfaction.

Selon vous, quelles sont les qualités/aptitudes pour avoir du succès en tant que chef d’orchestre?

Il faut posséder, évidemment, une solide et complète formation musicale, mais surtout avoir un sens du leadership très fort. Être diplomate et respectueux est aussi nécessaire, car trop de chefs prennent les musiciens « de haut », ce qu’ils n’apprécient pas du tout! L’autorité que le chef a sur l’orchestre est celle que les musiciens lui donnent; il ne doit jamais l’oublier!


©Jocelyn Gagné

Vous êtes aussi le directeur artistique de l’Orchestre, pouvez-vous nous en dire plus sur ce poste et  les tâches et responsabilités qui y sont reliées?

Le directeur artistique est responsable de la programmation musicale de la saison, du choix des solistes, bref, il doit faire en sorte que ses choix plairont au public afin que les salles soient bien remplies et que ses musiciens soient motivés. Il doit aussi voir au remplacement de musiciens manquants.

Parlez-nous d’une pièce que vous aimez particulièrement diriger.

En fait, chaque programme de concert est stimulant pour le chef. Mais je dois dire que la Première Symphonie de Mahler, que nous allons jouer en juin 2021, est un défi que j’attends avec fébrilité. Et mes musiciens aussi!

Parlez-nous de votre espace/environnement de travail.

Nous avons maintenant un Espace Symphonique de Lévis, à l’acoustique améliorée. L’installation de panneaux acoustiques a radicalement changé l’expérience sonore pour nous tous comme pour le public. S’y retrouver chaque semaine est vraiment stimulant; l’orchestre peut maintenant travailler sur sa sonorité de façon efficace.

Avez-vous des rêves, des aspirations ou des défis professionnels que vous souhaiteriez accomplir?

Je suis un chef comblé. Au point où j’en suis dans ma carrière, j’espère surtout diriger mon orchestre le plus longtemps possible et l’amener toujours plus loin.

Qu’est-ce que vous souhaitez transmettre à votre public?

La beauté et l’accessibilité de la musique orchestrale. Les gens de Lévis ont un magnifique orchestre chez eux et ils doivent le soutenir!

Quel est, selon vous, l’avenir de la musique classique? Les enjeux auxquels elle doit faire face ?

Le défi principal est le même depuis longtemps: débarrasser la musique classique de tous les préjugés que l’histoire lui a imposés. Cette musique est pour tout le monde, et il n’est pas nécessaire d’avoir une formation musicale pour en profiter! Par contre, à mon avis il ne faut pas « diluer » le produit, de crainte que le public ne suive pas; les concerts pop n’attirent qu’une clientèle pop, pas d’abonnés en vue! Il faut plutôt présenter le produit dans une enveloppe attrayante, qui donne le goût d’essayer.

Une anecdote amusante liée à votre pratique ou au métier que vous souhaiteriez nous raconter?

Il y en a beaucoup, mais un beau souvenir me ramène au concours international de Besançon : lors de l’épreuve de dépistage d’erreurs, le jury m’annonce qu’il y a douze fautes dans les partitions des musiciens et que j’ai dix minutes pour les trouver et les corriger. J’en ai trouvé… quatorze ! Deux nouvelles erreurs involontaires s’étaient glissées durant l’épreuve. Il fallait voir le visage des fautifs tous désolés de s’être (vraiment) trompés! Et, évidemment, la finale du même concours a été un moment totalement magique et inoubliable!