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[PORTRAIT] Entrevue avec Daniel Sioui – Libraire

Afin de respecter les nouvelles règles émises par la Santé publique, nous sommes dans l’obligation de retirer de notre programmation les activités se déroulant en présence dans les régions en « zone rouge ». Les activités en ligne sont maintenues. Dans les autres régions, nous vous recommandons de vérifier les détails avant de vous déplacer: des changements ou annulations hors de notre contrôle sont possibles.

À tous les organisateurs et organisatrices des Journées de la culture situés dans une zone rouge, nous sommes conscients et reconnaissants de tout votre travail et des efforts que vous avez déployés pour rendre possible cette 24e édition. Nous tenons à vous réitérer notre soutien et notre solidarité. Du fond du cœur, merci.

©Samuel Tessier


Entretien avec Daniel Sioui – Libraire


©Daniel Sioui

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots?

Je suis le copropriétaire et fondateur de la Librairie Hannenorak et de la maison d’édition du même nom. J’ai fondé la librairie il y a maintenant plus de 11 ans et la maison d’édition l’année suivante. Les deux entreprises sont situées dans la communauté autochtone de Wendake.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours professionnel et nous dire comment vous êtes arrivé à ce poste?

Ce n’est pas vraiment mon parcours professionnel qui m’a amené dans le milieu littéraire mais plutôt ma quête identitaire personnelle. Jeune adulte, je me questionnais beaucoup sur mes origines et je me suis rendu compte que c’était très difficile de trouver des livres sur les peuples autochtones dans les librairies de la région de Québec. C’est de là qu’est venue l’idée de la librairie. Je me suis donc lancé, sans connaissances particulières, dans le monde du livre.

Décrivez-nous quelles sont les principales tâches et responsabilités liées à au travail de libraire.

Il y a évidemment le service à la clientèle en librairie, mais aussi la gestion des commandes web et des commandes institutionnelles (écoles, bibliothèques, etc.). Il y a également la réception des nouveautés, préalablement choisies avec les représentants des distributeurs, la gestion des retours des invendus aux distributeurs, le « facing » en librairie [la disposition des livres sur les rayons ou îlots], l’organisation des différentes activités hors et dans les murs, la publicité et les médias sociaux, l’écriture de comptes rendus de lecture, etc.

Hannenorak est récemment passée de librairie spécialisée à librairie générale. Comment en êtes-vous venus à ce repositionnement?

Par amour de la lecture! Ma conjointe –aussi copropriétaire – et moi aimons beaucoup lire, et comme nous ne lisons pas seulement des livres sur les Premières Nations, nous voulions transmettre notre passion pour le livre en général. Nous avons donc décidé de ne plus seulement être la librairie destinée aux personnes cherchant des livres autochtones, mais d’être ouverte à tous, tant aux résidents de la communauté que ceux des quartiers environnants.

Quelles sont vos suggestions de lecture pour s’initier aux cultures et à la littérature autochtones?

Un point fort des Autochtones, mais dont nous parlons très peu au Québec, est notre humour. Je vous suggèrerais donc de plonger dans l’univers de Thomas King, Drew Hayden Taylor ou Dawn Dumont. Selon moi, c’est la meilleure façon de découvrir la richesse de notre culture.

Quelle partie de votre travail préférez-vous?

J’aime bien tenir des kiosques lors d’événements, ce que nous faisions souvent, avant la pandémie, afin de faire connaître la littérature des Premières Nations. Nous nous promenions un peu partout au Québec lors des salons du livre, des pow-wow et des festivals tels que Kwe ou Présence autochtone.

Parlez-nous de votre environnement de travail.

Je suis entouré de livres! La librairie n’est pas très grande (environ 1000 pieds carrés), mais compte tout de même environ 10 000 livres. Il s’agit d’un endroit lumineux, chaleureux, situé à deux pas de la rivière Akiawenrahk à Wendake. Je me considère chanceux de travailler dans un tel environnement.


©Samuel Tessier

Comment choisissez-vous et procédez-vous à l’acquisition de livres pour votre librairie?

Nous priorisons évidemment les auteurs québécois et autochtones. Nos choix sont souvent guidés par les conseils des représentants, qui nous indiquent quels titres sont pertinents pour nous ou seront des incontournables. Nous tentons aussi de demeurer à l’affût des livres présentés dans les médias (radio, télévision, journaux, etc.).

Comment entrevoyez-vous l’avenir des librairies indépendantes? Comment faire pour s’assurer de leur viabilité?

C’est sûr que la COVID-19 cause bien des maux de tête aux propriétaires de librairies, comme tout propriétaire d’entreprise, mais nous allons peut-être mieux nous en sortir que bien d’autres commerces. Nous l’avons vu au plus fort de la crise, les gens sont revenus vers le livre, soit pour se désennuyer ou parce qu’enfin ils retrouvaient le temps de lire. Plusieurs personnes ont dit qu’elles avaient retrouvé le plaisir de lire.

Avant la pandémie, les librairies indépendantes allaient quand même bien. Il y a une dizaine d’années, une petite crise a entraîné la fermeture de plusieurs librairies, mais dans les dernières années, nous avons assisté à l’effet inverse. Nous voyons de petites librairies ouvrir un peu partout. Bien entendu, il y a eu un changement dans l’industrie du livre. Nous allons voir de moins en moins de grosses librairies avec des dizaines de milliers de livres en inventaire. Je crois que le futur est aux petites librairies comme la nôtre, avec environ dix mille livres en inventaire : assez pour satisfaire n’importe quel client, mais avec des coûts fixes beaucoup moins importants.

Une anecdote amusante liée à votre pratique ou au métier que vous souhaiteriez nous raconter?

La meilleure anecdote qu’il m’est arrivé est que j’ai rencontré celle qui deviendrait ma conjointe grâce à une de ses professeures de l’Université de Sherbrooke qui, même en étant à plus de 200 km, avait entendu parler de ma librairie. Celle qui était alors ma future blonde venait pourtant de la même communauté que moi! Je l’ai tout de suite engagée comme libraire, et elle a été ma première employée!