Grandir dans Hochelaga-Maisonneuve et venir d’un milieu ouvrier ne prédisposent pas à une carrière internationale de ténor. Pourtant, à 24 ans, Marc Hervieux tente sa chance et fait ses classes. Une quinzaine d’années plus tard, il a incarné ici et ailleurs d’imposants personnages dans nombre d’opéras célèbres, dont La Bohème, La Traviata et Roméo et Juliette. Principalement révélé au grand public en 2005 dans la version lyrique de Starmania avec l’OSM, cet infatigable travailleur poursuit sa carrière et propage partout son amour du chant sous toutes ses formes, y compris dans quelques émissions populaires comme Star Académie, Tout le monde en parle et Bons baisers de France.
« Ça me fascine de voir comment les danseurs parlent avec leur corps. »
S’il n’était pas chanteur d’opéra, Marc Hervieux serait certainement conteur. Sur son métier et ses passions, il est intarissable. Les anecdotes fusent de toutes parts et il s’enflamme dès que l’on aborde le thème de la culture. Pourtant, cette dernière n’a pas toujours fait partie de sa vie : « Dans mon coin, il n’y avait pas de stimulation sur le plan culturel. La culture, je ne savais pas ce que c’était, puis quand j’ai eu conscience de son existence, elle me semblait intouchable. C’était comme un monde inaccessible. » Néanmoins, l’adolescent se joint à une troupe de théâtre amateur du quartier : « Ça a été un déclic qui m’a ouvert la porte de la culture, puis des arts. Un vrai choc. »
Depuis, « c’est ma vie entière… et chanter est ce que j’aime le plus. J’ai toujours 25 projets en même temps et ce qui me fait plaisir, c’est de toucher au plus grand nombre d’aspects possible du milieu en faisant beaucoup de trucs différents. » D’ailleurs, ses deux premiers disques (l’un de chansons pop, l’autre de classiques de Noël) sortiront cet automne. Serait-ce là une tentative pour démocratiser son art et attirer les gens à l’opéra ? « Mon but est d’amener les gens à ne pas installer de barrières entre les genres, entre les styles de musique et à se donner la possibilité de choisir par eux-mêmes ce qu’ils aiment. Souvent, par rapport à l’opéra, les gens vont dire qu’ils n’aiment pas ça, mais ils n’y sont jamais allés de leur vie. Pour eux, c’est une grosse madame avec un casque à cornes… et on est bien loin de ça aujourd’hui. »
Ce chanteur souhaite aussi remettre la musique classique « sur la bonne voie. Il faut dire aux gens qu’ils n’ont pas besoin de louer une robe ou de tout savoir sur le compositeur pour assister à un concert. Ils doivent juste se laisser aller avec la musique et ils peuvent aimer ou non, mais c’est essayer qui compte. » Les clichés qui entourent son métier n’ont qu’à bien se tenir !
La sympathique Sophie Cadieux découvre le vaste monde de la culture grâce au livre. Enfant, elle invente déjà des histoires en s’inspirant des images des bouquins que lui donne sa mère. Au secondaire, par l’entremise du théâtre auquel son école est abonnée comme bien d’entre nous d’ailleurs, elle découvre la scène, puis l’improvisation au cégep. Après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2001, elle s’impose rapidement au petit écran dans Watatatow. Les jeunes ados la repèrent, puis c’est au tour des adultes avec les séries Rumeurs, La job, Les boys, Les Lavigueur et des plus jeunes, avec Kaboom ! et Tactik. Nous la voyons un peu au cinéma, mais principalement au théâtre puisqu’elle joue, en moyenne, dans trois productions par année. Celle qui se considère avant tout comme une femme de théâtre est également cofondatrice et codirectrice artistique de la compagnie Le Théâtre de la Banquette arrière.
« La culture, c’est ce qui me tient en vie. »
Nous avons discuté arts et culture avec la jeune comédienne. Pour Sophie, « la culture a plusieurs facettes. Il y a la culture hors marges, la culture plus expérimentale et la culture de masse; c’est parfois difficile à distinguer ! Ce qui compte, c’est qu’elle n’est pas monolithique, mais toujours en mouvement. On le constate par les modes et les créateurs qui se renouvellent. Les nouveaux amènent différentes façons de penser, de voir, de bouger, de réfléchir. Ce serait donc difficile de se lasser de la culture. »
« Le death metal, c’est aussi de la culture ! »
Les généralités la fâchent, surtout lorsqu’elles affectent son domaine de prédilection. « Quand les gens disent qu’ils n’aiment pas le théâtre… il y a une différence entre ce qu’offrent le TNM et l’Espace Libre. L’important, c’est d’être curieux et de se donner une chance. Certains spectacles peuvent ne pas vous brancher, mais d’autres, oui. Il faut parfois creuser pour y trouver son compte et expérimenter des choses qu’on aime moins. Évidemment, c’est le lot de la culture de faire des essais et des erreurs, mais c’est ce qu’il y a de beau aussi, parce que ton erreur deviendra peut-être mon essai réussi. »
Celle qui a jadis envisagé de devenir professeure de littérature fait son métier avec enthousiasme depuis huit ans. Elle constate avec un brin d’humour que ses passions dans la vie sont directement reliées à son métier : photo, impro, danse et romans graphiques. Et pour Sophie Cadieux, « la culture, c’est tout. Je m’en abreuve. C’est ce qui me nourrit et je tente de nourrir les gens en redonnant ce que je peux à la société. C’est mon but, ma participation à la collectivité. » Et nous ne pouvons que l’en remercier.
Imaginez grandir à Salluit, au Nunavik, et débarquer à Montréal pour étudier au cégep. Quel choc ! En 2000, c’est pourtant ce que vit Elisapie Isaac, chanteuse, auteure-compositrice et cinéaste. L’offre culturelle que présente la métropole la renverse. « C’était incroyable ! À mon arrivée, mes antennes étaient très sensibles. Cette ville aussi créative, avec des artistes partout, me séduisait... Mettons que mes premières années ont été assez intenses. » Maintenant, en plus de regarder des documentaires, son bonbon, « c’est d’aller chez les disquaires pour découvrir des artistes d’un peu partout. J’écoute les albums avec l’impression de les entendre d’une autre manière. »
« La culture, c’est la langue, l’histoire et les racines; ça prend des roots ! »
Mais revenons en arrière. Au contact de professeurs québécois (et de la télé !), la fillette qui grandit se demande ce qui existe à part son petit village. « À ce moment, mon goût de l’imaginaire se développe et je m’aperçois que je suis très différente du reste du monde. » En effet, elle est née d’une mère inuite et d’un père terre-neuvien puis adoptée par une famille inuite qui l’élève selon la tradition et en musique. Elisapie souhaite partager sa culture, dont elle est fière, en se l’appropriant « d’une manière plus moderne, très urbaine et actuelle », mais aussi son côté métissé, qu’elle trouve « intéressant et universel ».
Adolescente, elle entend l’appel des communications : elle produit et anime une émission de radio et travaille l’été comme journaliste, agente de liaison et conseillère auprès des jeunes. Au cégep, elle participe à un documentaire consacré aux peuples du cercle polaire. Elle réalise ensuite un court métrage primé. « En tant qu’artiste, et avant même que je me considère comme telle, j’étais sensible à ma culture. Quand tu as le goût de t’exprimer, tu cherches des thèmes et des idées et une culture bouleversée, en mouvement, c’est quelque chose qui m’habite. Ma culture, même si elle a énormément changé depuis 50 ans, baigne en moi depuis longtemps. »
Celle qui sortira son premier album solo trilingue (inuktitut, anglais et français) cet automne admire l’ouverture d’esprit du public, capable d’aller au-delà d’une langue inconnue. « Ceux qui venaient voir Taima, mon premier groupe, avec Alain Auger, me fascinaient; ce n’est pas nécessairement évident d’écouter une chanteuse qui utilise une langue complètement différente, pour laquelle ils n’ont aucune référence. »
Elisapie aime s’imprégner de culture sous toutes ses formes et désire mieux connaître celle du Québec. « C’est quand même quelque chose d’apprendre une langue et de pouvoir la parler en ayant l’impression que you belong… Le peuple québécois n’est pas là depuis si longtemps, mais il a une histoire qui vient d’un pays lointain et c’est passionnant. » Elle profitera sûrement des Journées de la culture pour en découvrir encore plus sur sa terre d’adoption. En ferez-vous autant ?
Robert James Penny commence à faire ses classes (de cuisine) le dimanche en famille. Le divorce de ses parents et son ras-le-bol des lunchs ennuyants et répétitifs (repas congelés, Chef Boyardee et sandwichs toujours pareils) l’amènent à développer ce qu’il appelle la cuisine de survie. Ce produit d’une mère francophone et d’un père anglophone, armé de son p’tit bagage culinaire, élabore ainsi ses premières recettes au début de l’adolescence. Son appétit pour la bonne bouffe à petit prix s’ouvre… et avec un nom de famille comme Penny (comme dans sou), c’était sûrement écrit dans le ciel !
« Si quelque chose m’intéresse au musée, je vais y aller ! »
Celui que l’on connaît sous le nom de Bob le Chef, et qui popote sur le Web depuis 2005, est féru de cuisine et de tout ce qui s’y rattache. Après quelques jobines et son rêve brisé de devenir skater professionnel, il s’inscrit à l’ITHQ (Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec) afin d'apprendre pour vrai. Ses profs l’allument et lui font découvrir cuisines différentes et innombrables produits. « Je ne connaissais même pas 20 % des ingrédients dans mon assiette. J’étais sidéré et c’est là que mon apprentissage a vraiment débuté. Et ma passion ! »
Pourquoi parler de culture avec un chef cuisinier ? Parce que la cuisine en fait partie ! « Elle occupe une grande place dans notre culture et nous n’avons pas à être gênés de nos plats typiquement québécois. Au cours des dix dernières années, on s’est aperçus que nous avions une tradition culinaire et que c’était important. En Amérique, c’est au Québec qu’on se nourrit le mieux. » Le but de ce chef un peu sauté, mais super pro ? « Inculquer mes principes de cuisine économique en présentant des recettes accessibles. Tout est permis en cuisine, surtout s’amuser. Enlever le côté sérieux et casser le moule, c’est mon idée d’anarchie culinaire. »
Très branché, le chef Bob touche à tous les moyens de communication possibles. Son émission est même la seule offerte sur cellulaire ! Et Internet joue un rôle primordial pour lui comme pour une grande partie de son public. « C’est important pour les jeunes, ils se retrouvent là-dedans. Le Web leur appartient plus que la télé; c’est cool et encore underground. » Entre son émission sur Internet, son blogue, son livre, ses fourneaux au resto, sa famille, ses conférences et ses capsules à Radio-Canada, Bob manque de temps pour consommer des activités culturelles, à part la musique. « Je vais voir beaucoup de bands émergents. J’aime me tenir au courant de tout ce qui sort et quand je vais au cinéma, c’est pour voir des documentaires concernant la bouffe ! » Quand on vous disait qu’il en mangeait, on ne riait pas. La culture de Bob le Chef est culinaire, et à volonté !
L’animatrice, journaliste et musicienne Catherine Perrin se considère comme une consommatrice de culture tout terrain. Ses diverses occupations professionnelles lui permettent de profiter amplement d’activités artistiques multiples. Comment combine-t-elle tous les aspects de sa vie ? « Dans le bonheur ! Ça a tellement l’air d’un cliché de dire que j’ai le plaisir de faire ce que j’aime, mais c’est vrai. C’est un privilège de travailler dans un domaine qui nous soulève, qui nous donne du carburant. S’il fallait que j’abatte la même somme de travail en comptabilité, je pense que je serais enfermée à l’heure qu’il est ! »
« La culture fait que le monde n’est pas un immense centre d’achats. »
Plus jeune, la native de Québec avoue qu’elle était « hyper spécialisée » et « n’assistait pas à n’importe quoi ». Après ses études en musique classique, elle cible les concerts classiques et le cinéma international contemporain. Avec le temps, et les exigences du métier, sa vision se transforme. « Mon immense bonheur est de voir des choses remarquables, en tout. À Montréal, on peut faire des choix très pointus et tant mieux. Je ne blâme pas ceux qui se passionnent pour un seul genre. Mais, ailleurs au Québec, on peut aussi être extrêmement satisfait culturellement. Si on veut sortir, même une fois par semaine, on peut aller à d’excellents spectacles toute l’année, à condition d’avoir une ouverture d’esprit multidisciplinaire. C’est d’ailleurs l’un des aspects intéressants des Journées de la culture. »
Depuis, elle apprécie « le risque des découvertes ». Selon l’animatrice, « parfois, une œuvre peut nous décevoir. Mais on aura au moins le bonheur d’avoir été emmené ailleurs, d’avoir été un peu bousculé et d’avoir vécu une expérience humaine complètement différente, non pas de l’ordre de la possession matérielle, mais plutôt une sorte de gymnastique de la sensibilité. » Celle qui mène presque deux carrières de front préfère néanmoins « ce qui sort de l’ordinaire, comme les démarches qui donnent une nouvelle forme à un concert ou qui réinventent les façons de raconter des histoires, à la Robert Lepage qui crée machines théâtrales et outils de narration, par exemple. J’aime lorsqu’on renouvelle l’expérience même du spectacle. Pas pour produire des œuvres inaccessibles; au contraire, en remettant les formes en question, on peut trouver un nouveau public, plus jeune ou multiculturel. »
L’ex-claveciniste de l’orchestre de chambre I Musici considère que continuer à jouer, avec le groupe Bataclan, fait d’elle une meilleure animatrice culturelle puisque cela lui permet de rester en contact avec la réalité de ce que veut dire être artiste. D’art et de culture, elle ne pourrait se passer, car « c’est une respiration de mon être, presque aussi vitale que la première respiration. Être en contact avec cela, ou avoir moi-même les mains là-dedans, c’est vital, ça j’en suis convaincue ! » Et nous la croyons !
Ne demandez pas à Mike Sawatzky quelle place la musique occupe dans sa vie. Ni comment elle y est entrée. Elle était là, tout simplement. « Mes premiers souvenirs d’enfance sont reliés à la musique. Enfant, c’était naturel que je décide de devenir musicien. Ça m’a touché immédiatement et ça m’attirait tellement que j’ai même menti pour suivre un cours d’introduction à la musique. J’y avais vu plein d’instruments et j’avais “trippé”. J’ai passé deux mois dans la classe avant que mes parents ne s’aperçoivent que j’avais commencé à apprendre la musique. Ils étaient fâchés, mais ils ont vu que j’étais sérieux. »
« À part la musique, je préfère la culture scientifique, et culinaire ! »
Après le trombone, le petit Michael – il a 10 ans environ – voit un saxophone et décide qu’il doit en jouer. « Cet instrument passait mieux auprès de mes parents adoptifs; ils croyaient que je jouerais du classique. Ils ne savaient pas qu’un sax servait également au jazz. Ils étaient un peu fermés par rapport à la musique… » À 14 ans, c’est la guitare, mais il doit « pomper de l’essence » dans une station-service pour l’acheter. « Jeune, j’ai dû me battre pour devenir musicien. Pourtant, c’est ma passion. J’suis né avec ça dans le sang. »
Ce métis amérindien, élevé dans une famille canadienne anglaise d’origine allemande en Saskatchewan, ne s’est pas épanoui dans un milieu ouvert aux arts et à la culture. « On ne m’a jamais montré ces affaires-là. C’est beau, mais je ne connaissais pas vraiment ça. En plus, à Saskatoon, y en a pas, des Belges. Et encore moins des Sénégalais. C’est à Montréal que mon implication culturelle s’est faite, et j’ai plongé ! » Sa rencontre avec André Fortin, du Lac-Saint-Jean, et de Patrick Esposito di Napoli, de la France, sera déterminante puisqu’elle permettra la formation des Colocs. Avec l’arrivée des autres musiciens, Mike poursuit son voyage. « Ça m’a ouvert les yeux sur le reste du monde… j’ai découvert tout en même temps. »
Au sein des multiculturels Colocs, le futur réalisateur se nourrit de musiques et de cultures en explorant un univers inconnu. Mais après la mort de Dédé, il perd tout : « Je n’avais plus d’emploi, plus de band, plus d’argent et je n’avais plus Dédé. Je n’avais plus rien. » Ce choc le laisse sur le carreau. Il consacre alors beaucoup de temps à sa famille, avec qui il visite expositions scientifiques et musées (égyptologie, paléontologie, entomologie et espace) et fait même de la cuisine du monde, pour y initier ses enfants. Depuis, c’est entouré de son noyau familial et d’amis proches qu’il retrouve le goût, oublié temporairement, de la musique. Le concert hommage Poussières d’étoiles, qu’il a conçu, est un pas dans la bonne direction.
